Tout n’est pas toujours bon dans le cochon.

Quelle nouvelle espèce de mouche venimeuse a donc bien pu piquer Hervé Pillaud pour se fendre d’un article aussi acide dans La Vendée agricole de la semaine dernière ?


Si je peux comprendre le plaisir que l’on peut éprouver à brocarder un député – il m’arrive parfois de céder moi-même à la tentation en apostrophant des députés socialistes ou écologistes – je ne suis pas sûr que ce soit le meilleur moyen pour un vice-président de la FDSEA de faire avancer notre objectif commun : défendre l’agriculture vendéenne et française.


Et pourtant les combats ne manquent pas tant les agriculteurs croulent sous les normes, les contraintes, et les changements de politique qui rendent l’exercice de leur profession extrêmement difficile et illisible. L’agriculture vendéenne a su relever nombre de défis au cours des décennies qui viennent de s’écouler. Elle a su s’adapter, gagner en compétitivité, en qualité, tout en diminuant chaque jour davantage son empreinte sur l’environnement dont les agriculteurs sont les premiers acteurs et souvent défenseurs. Depuis trois ans que je suis élu député de la Vendée littorale, je me suis souvent mis au service de la profession pour demander au gouvernement d’infléchir ou d’éclaircir des prises de position, ou encore pour déposer et défendre des amendements plus justes que le projet de loi initial de « modernisation de l’agriculture ». Ensemble, avec les autres parlementaires vendéens et les représentants de la profession agricole, il me semble que nous avons travaillé avec cœur et dans un esprit collectif au service de tous les agriculteurs.


Alors de quoi suis-je accusé dans les colonnes de la Vendée agricole de la semaine dernière ? Simplement d’avoir un point de vue différent sur le développement de l’industrie agricole porcine en Vendée en général, et sur le littoral en particulier. Mais mes inquiétudes ne datent pas d’aujourd’hui. Déjà en 2010, le conseil municipal d’Olonne que je préside avait, à l’unanimité, émis un avis défavorable sur le projet de Poiroux car il est proche du littoral, au cœur d’un réseau hydraulique dense (comprenant la Vertonne qui irrigue le marais d’Olonne et Les Sables d’Olonne) de plusieurs rivières qui se jettent dans la mer entre Longeville et Brétignolles. Depuis, ce projet a reçu toutes les autorisations nécessaires et même une décision de justice favorable. Comme je l’ai dit publiquement au cours des dernières semaines, y compris à Brice Guyau lors de l’assemblée générale départementale des chasseurs, je suis légaliste, je respecte les décisions qui ont été prises et, contrairement à d’autres, appelle clairement à l’obéissance civile.


Pour autant, est-il permis dans notre pays d’avoir des opinions différentes et d’exprimer des inquiétudes ? A-t-on le droit de s’interroger sur la transposition en Vendée littorale du modèle agro-industriel breton ? Peut-on s’inquiéter légitimement de la concentration de 900 truies, mais aussi de quelques 20 000 porcelets par an, aux abords immédiats de sources de rivières littorales ? Est-ce bien le bon emplacement ? Toutes les précautions ont-elles bien été prises ? Cette grosse concentration de truies, de porcelets et de lisier ne présente-t-elle pas de risque de surconcentration de nitrates alors que les collectivités littorales, communes et communautés de communes, dépensent déjà beaucoup d’énergie et d’argent public pour lutter contre l’arrivée et le développement d’algues vertes sur notre beau littoral ? Le problème c’est que les algues vertes sont déjà bien présentes sur nos côtes et que nous devons prendre d’infinies précautions pour éviter qu’elles ne se développent davantage. Au final, Le littoral vendéen est-il le meilleur endroit pour voir se multiplier les implantations et les extensions de porcheries ?


N’en déplaise à la plume acide d’Hervé Pillaud que j’apprécie par ailleurs pour son engagement total au service de l’agriculture vendéenne et de son image, je ne suis pas le député de la FDSEA mais celui des 135 000 habitants de la 3ème circonscription de Vendée, des ostréiculteurs, des agriculteurs, des artisans, des commerçants, des salariés, des entrepreneurs, des pêcheurs, des professionnels du tourisme, de l’habitat, du bâtiment, du nautisme… A ce titre, je suis comptable de l’équilibre entre les différentes activités économiques qui font vivre notre territoire. Le pire serait d’opposer développement de l’économie touristique et développement de l’économie agricole et agro-alimentaire alors que, de longue date, et malgré le poids des normes et des contraintes, nous étions collectivement parvenus à les concilier. Protégeons cet équilibre fragile qui fait vivre et battre le cœur de la Vendée.

Ne cédons pas à la tentation des divisions, des caricatures et des invectives. C’est ensemble, représentants professionnels agricoles et élus, que nous réussirons à relever les défis de l’agriculture du XXIème siècle.


Yannick Moreau

Député de la Vendée littorale

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