Grèce : plan de sauvetage ou plan de "com" de François Hollande ? Je voterai contre

Après avoir lu attentivement les conclusions du "Sommet de la zone euro" sur la base desquelles notre président "audacieux" et auto-satisfait se targue d'avoir obtenu un "accord" entre les pays de la zone euro et, par voie de conséquence, d'avoir sauvé la Grèce et l'Europe, j'arrive à la conclusion que M. Hollande est un pro de la "com" qui voudrait cet après-midi faire passer aux députés des vessies berlinoises pour des lanternes athèniennes.


Je ne voterai donc pas le "satisfecit" que MM. Hollande et Valls attendent de l'Assemblée nationale, et je m'en explique.


I - Sur la forme : on nous demande de ratifier un "accord" à l'Assemblée après une débat au titre de l'article 50-1 de la constitution... Or, IL N'Y A PAS D'ACCORD.


le vote de l'Assemblée est INUTILE pour la poursuite des négociations avec la Grèce


L'article 50-1 prévoit que "le Gouvernement peut faire, sur un sujet déterminé, une déclaration qui donne lieu à débat, et peut, s'il le décide, faire l'objet d'un vote sans engager sa responsabilité". C'est dire l'enjeu du vote de cet après-midi, décidé deux jours auparavant sur la base d'une déclaration que nous découvrirons aujourd'hui mais dont nous pouvons anticiper qu'elle sera à la gloire de François Hollande "l'audacieux"...


Nous ne sommes pas là dans le cadre des votes formels et solennels de ratification des traités internationaux prévus par l'article 53 de notre constitution.


En tout état de cause, le fonctionnement des institutions européennes ne nécessite naturellement pas le vote régulier de l'Assemblée, sauf à modifier les traités européens, ce qui n'est pas le cas ici.


le vote de l'Assemblée est INUTILE puisque les Grecs se prononceront après, dans la soirée ou la nuit, pour dire si ils acceptent la feuille de route écrite par les pays de la zone euro.


On amuse la classe politique, les médias et le peuple français avec un "débat" et un "vote" qui n'a aucun effet sur la poursuite des discussions et qui pourrait même, quelques heures plus tard, être contredit par le parlement grec. Tout ceci est "normal".


le vote de l'Assemblée est une SUPERCHERIE car on veut nous faire voter sur un "accord" qui, en réalité, n'existe pas.


Depuis deux jours, les médias ne cessent de proclamer les louanges de M. Hollande qui a pesé de tout son poids pour arracher un "accord" au "Sommet de la zone euro" de la dernière chance... La réalité est toute autre. Il suffit de lire le texte de la déclaration de fin de sommet. Ce que la grande majorité des journalistes n'a pas fait. Je l'ai fait pour eux, et pour vous. Qu'y lit-on ?


"Ce n'est qu'après - et immédiatement après - que les quatre premières mesures susmentionnées (NDLR : notamment augmentation TVA, réforme système de retraites) auront fait l'objet d'une mise en oeuvre au plan juridique et que le Parlement grec aura approuvé tous les engagements figurant dans le présent document, avec vérification par les institutions et l'Eurogroupe, QU'UNE DÉCISION POURRA ÊTRE PRISE DONNANT MANDAT AAUX INSTITUTIONS DE NÉGOCIER UN PROTOCOLE D'ACCORD.


Cette décision SERAIT prise SOUS RÉSERVE de l'achèvement des procédures nationales et à condition que les conditions préalables prévues à l'article 13 du traité instituant le MES soient réunies..."


Autrement dit, on est loin du début réel des négociations, et encore plus loin d'un accord entre l'Eurogroupe et la Grèce. Tout au plus le Sommet de la zone euro n'a-t-il pas voulu se quitter sans montrer que le fil du dialogue n'était pas rompu.


Vous l'aurez compris, tout cela c'est de la mousse, de l'encens pour célébrer la prétendue victoire "audacieuse" du président de la République, victoire factice puisque rien n'est décidé, sauf des conditions préalables à l'ouverture d'âpres négociations qui pourraient, éventuellement, le cas échéant, déboucher sur un accord...


II - Sur le fond de ce prétendu "accord"


Malheureusement, la feuille de route est trop lourde pour offrir de vraies chances de succès.


La potion est amère mais est-elle acceptable pour les Grecs et leurs gouvernants ?

C'est tout autant l'amertume de la potion rendue nécessaire par l'impéritie des gouvernements grecs successifs que le mode d'administration décidé par le "tribunal" européen réuni le week-end dernier qui est en cause. On s'apprête à demander à une Grèce à genoux de faire en six mois les réformes que la France n'a pas réussi à faire en vingt ans.


On oublie au passage d'évoquer la question de la réduction de la dette grecque qui n'est même pas mentionnée dans la déclaration finale du "Sommet de la zone euro" alors même que le FMI a raison de rappeler qu'il s'agit d'une question centrale pour un futur plan de sauvetage.


Je crains malheureusement que les conditions préalables à l'ouverture des négociations, tout comme les perspectives de réformes urgentes en contrepartie desquelles l'Union européennes accepterait de verser ses milliards d'aides, ne soient pas réalistes.


Pourquoi donc mettre la barre si haute ? Quel intérêt ? Faire porter la responsabilité de l'échec du "sauvetage" aux gouvernants grecs pour qui je n'ai par ailleurs pas de sympathie particulière ?


Le moment venu, François Hollande devra rendre des comptes.


Malheureusement, l'Union européenne méprise une nouvelle fois les résultats univoques d'un référendum national. Or, L'EUROPE NE PEUT SE CONSTRUIRE CONTRE LES PEUPLES.


Que le résultat d'un référendum national convienne ou non aux pays membres et aux institutions de l'Union européenne, il doit être respecté. L'Union et le système européens ne peuvent avoir raison contre les peuples. L'Europe se construira avec les peuples européens ou se déconstruira.

Voilà un nouveau signal d'alerte qui doit conforter notre détermination à réformer en profondeur nos institutions européennes.


La mise sous tutelle financière, économique et politique de la Grèce au profit d'institutions européennes peu démocratiques n'est pas conforme à la conception que je me fais des démocraties nationales et de la démocratie européenne.


Il est par exemple écrit dans la déclaration finale de la zone euro :


"Le gouvernement DOIT consulter les institutions et CONVENIR AVEC ELLES de tout projet législatif dans les domaines concernés dans un délai approprié AVANT DE LE SOUMETTRE à la consultation publique ou AU PARLEMENT."


Je n'accepterai jamais qu'une telle mise sous tutelle soit imposée à la France, je ne peux donc l'accepter pour la démocratie grecque, fondatrice de notre identité et de notre civilisation.


CONCLUSION


Pendant que la France ploie sous le fardeau des réformes que le président de la République et son gouvernement n'ont pas le courage d'entreprendre, François Hollande impose à d'autres ces mêmes réformes d'orthodoxie budgétaire, de diminution de la sphère publique, de remise à plat du système de retraites, etc.


"Faites comme je dis mais pas comme je fais"


Tout ceci n'est pas sérieux.


Je ne donnerai donc pas de chèque en blanc à François Hollande cet après-midi à l'Assemblée.


Je ne lui donnerai aucun satisfecit. Je ne le remercie pas de l'impasse dans laquelle il plonge la Grèce et l'Europe.


Je ne le remercie pas non plus de mobiliser l'Assemblée sur ce vote de diversion qui retardera d'autant les réformes indispensables au redressement de notre pays.


Yannick Moreau

Député Les Républicains de la Vendée littorale

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